Instant d'année

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Brésil

La féerie des eaux

Nous nous rendons à l’embarcadère, très tôt le matin, car nous n’avons pas de billet.  La traversée du delta du Rio del Plata, dure deux heures et demi. Ses eaux calmes sont couleur café au lait ce qui contraste étrangement avec le bleu du ciel. On s’installe confortablement dans les fauteuils du salon, quand deux têtes connues viennent s’assoir à côté de nous. Ce sont Roberto et Daniella, le couple de motards chiliens croisé sur la Ruta 40, ce fameux jour où l'amortisseur nous avait lâchés. On se raconte nos dernières aventures pendant la traversée. Puis nous passons la frontière uruguayenne à la descente du ferry et roulons ensemble jusqu’à Colonia del Sacramento, la ville la plus ancienne du pays, dont le petit centre historique est classé UNESCO. C’est adorable. Les ruelles piétonnes pavées, sont bordées de petites maisons basses aux murs de pierre. De vieilles voitures des années 20, restaurées ou dans leur jus, garées dans les rues, participent à la mise en scène et au charme de la ville. Il y en a même une, dans laquelle une banquette et une table sont installées pour un diner romantique. C’est agréable de se promener à l’ombre des hibiscus et des arbres en fleurs, en attendant de diner devant un coucher de soleil rose sur le fleuve silencieux. Nous avons fait nos adieux à nos compagnons chiliens qui continuent leur route sur Montevideo, la capitale, tandis que nous remontons vers le Brésil.
Le temps est au beau fixe, nous roulons dans des forêts d’eucalyptus, qui exhalent un parfum subtil et rafraichissant. Ces arbres sont exploités pour leur bois utilisé en papeterie. Nous nous arrêtons déjeuner dans une petite ville, et discutons avec un motard du coin très sympa. Il connait bien la Touraine car il est routier et a bossé en Espagne. Il empruntait souvent l’A10 et s’arrêtait à Villeperdue, passer de folles soirées au «Stardust», l'ex boite de nuit de nos copains Richard et Valou.  Comme nous lui demandons notre chemin, il est tout heureux de nous accompagner sur une trentaine de kilomètres pour nous mettre sur la route de Concordia en Argentine. C’est fou comme les gens sont serviables ! On ne peut s’empêcher de faire des comparaisons peu flatteuses avec nos compatriotes.
Laurent a choisit de remonter jusqu’à Foz d’Iguaçu en passant par l’Argentine pour arriver aux chutes, communes avec le Brésil qui sont, parait il, plus impressionnantes côté argentin. Enfin c’est ce qui était prévu !
Les paysages d’Uruguay jusqu’à la frontière ressemblent fort à ce que l’on voit chez nous, prairies verdoyantes et champs cultivés. Peu à peu, le soleil nous abandonne, les nuages noirs roulent dans un ciel de plus en plus bas. Le passage de la frontière est rapide et comme la pluie commence à tomber lorsque nous arrivons à Concordia, une ville sans charme, on préfère loger dans un petit hôtel plutôt que de planter la tente. Toute la soirée il tombe des trombes d’eau et tôt le lendemain matin, nous chargeons la moto sous la pluie. Il y a des embouteillages, car les rues sont transformées en torrents. Nous empruntons une rocade en construction, la route est glissante et les camions et les voitures nous aspergent d’eau boueuse. Malgré la ligne blanche continue, Laurent double un camion derrière lequel nous n’avons aucune visibilité. Je me dis qu’il n’a qu’à rouler moins vite plutôt que de vouloir passer devant. C’est ce que les policiers lui ont reproché lorsqu’ils nous ont arrêtés !  Ils ont leur QG dans une cabane de chantier sous un pont et Laurent les avait d’ailleurs pris, de loin à travers les rideaux de pluie, pour des ouvriers. Papiers, passeports, j’attends dehors à l’abri sous l’arche pendant qu’il les suit dans le bureau. Je suis passablement énervée. Je lui répète assez souvent de rouler moins vite et de mieux respecter le code de la route. Il me rétorque toujours qu’il fait comme tout le monde, et qu’il se met au niveau du trafic. Laurent ressort et me dit qu’ils ont gardé son passeport, la carte grise et qu’il lui demande de payer 1300 pesos ! On a tenté de leur expliquer que c’était dangereux de rouler dans les projections de boue, qu’on n’y voyait rien etc.… Ils n’ont rien voulu savoir, ils répètent en boucle qu’il faut respecter les distances de sécurité…Tiens tiens ! Pour une fois ce n’est pas moi qui le dis. Vu que je tiens les cordons de la bourse, je lui réponds qu’il n’a qu’à se débrouiller, car je ne paierais pas ! Laurent leur explique qu’il veut bien s’acquitter de l’amende mais au bureau officiel, à Concordia. Les flics lui racontent que non, ce n’est pas possible de faire ça, que le tarif n’est pas le même, enfin une histoire assez fumeuse. On sait, depuis que nous sommes entrés en Argentine, que la corruption et les magouilles font la loi à tous les niveaux de l’Etat. Brigitte et Philippe de Mendoza, monsieur John D, nous avaient mis en garde, en particulier envers la police. En cas d’amende il fallait refuser de payer sur place et se rendre dans un bureau officiel. Laurent tient bon, reste sur sa position et leur dit que de toute façon nous n’avons pas d’argent liquide. Au bout d’une demi-heure de palabres, il revient, les policiers lui demandent d’aller chercher de l’argent au distributeur, puis d’aller payer au bureau ! Il a récupéré la carte grise et le passeport, on monte en selle et on fonce vers…La frontière ! On se demande bien ce qu’il s’est passé ?! On aura le fin mot de l’histoire un peu plus tard. Il faut effectivement payer au bureau officiel et non sur le bord de la route, de plus les « I300 » pesos ce seraient transformés, en rajoutant juste un petit « S » sur le « I de I300 » en « $300 » car en argentine, le peso argentin s’écrit $ placé devant la somme et non derrière comme le dollar américain ! Et nos gentils policiers se seraient mis 1000 pesos dans la poche, ni vu ni connu je t’embrouille ! Mais ça, en détalant comme des lapins, on ne le sait pas. En arrivant à la frontière on n’en mène pas large. Le comble c’est que Laurent tombe sur le même douanier que la veille. Je fais des prières pour que la police n’ait pas donné notre signalement. On est en fuite tout de même ! Le gars est surpris de nous revoir. Laurent très décontracté, lui explique que nous avions encore des pesos argentins que nous voulions liquider. On pousse un gros OUF de soulagement en nous éloignant. Maintenant nous devons entrer à nouveau en Uruguay, et en ressortir par le Brésil.
Prochaine étape Foz d’Iguaçu.
Le Brésil est le dix huitième et dernier pays que nous traverserons avec Rio de Janeiro en point de mire. 
Gloups, ça sent la fin du voyage ! 
Le sud du Brésil est surtout habité par les descendants des migrants européens, italiens, allemands, et portugais, mais également japonais et arabes. 
Plus on remonte, plus la chaleur augmente, plus on se rapproche de l'Amazonie et plus la population est métissée.
C'est le cinquième pays du monde en superficie et population, grand comme douze fois la France, avec plus de 192 millions d'habitants. Ce pays a mille visages, et à notre grand regret, nous n'aurons le temps de profiter que de quelques uns de ses trésors.
Jusqu'à Foz d’Iguaçu, ce sont des paysages agricoles sur des centaines de kilomètres, de terre rouge, lourde et fertile.
Sur la route on s’arrête dans des restaurants self-service ou l’on paie le repas au poids de l’assiette, et ce n’est pas toujours avantageux, en revanche c’est toujours très bon. Nous devons nous habituer à la langue, et là c’est dur. Depuis six mois nous sommes bercés par l’espagnol et même si les accents, et certaines prononciations diffèrent, on comprend bien et surtout on se fait comprendre. Mais alors là, pas un mot ! Mis à part « Bom dia » et « Obrigado », ça fait léger pour tenir trois semaines.

De plus, nous sommes les seuls étrangers, et les gens que l'on croise, s'étonnent de notre présence car ce n'est pas du tout une région touristique.  
Nous arrivons à Tres Passoas, une petite ville bien tranquille. L'hôtel Avenida est un établissement familial à l’entrée de la ville, qui reçoit des voyageurs de commerce et des brésiliens de passage. Autant dire que notre arrivée en moto fait sensation. Le patron tient à faire des photos le lendemain matin avant notre départ. Pour l’occasion, il s’est habillé d’un pantalon bouffant rentré dans de hautes bottes, d’une chemise blanche, d’un bandana rouge noué autour du cou, d’un chapeau à larges bords, et il sirote son maté. Il a convoqué le journaliste de la presse locale et pose fièrement assis sur la moto chargée et garée devant son hôtel. Ce n'est pas tous les jours que des motards voyageurs passent par ici !

Dans cette région du Brésil, comme en Argentine, le rituel du maté occupe les gens toute la journée! Il est toujours à portée de lèvres, et se partage. Le maté est une grande calebasse évidée, beaucoup plus haute que celle des argentins, remplie à ras bord d’un mélange d’herbes un peu moins amères, et d’une bombilla plus longue. Le principe est le même, il faut infuser les herbes avec de l’eau bouillante, avant d’aspirer de petites gorgées, et on passe à son voisin, qui complète avec l’eau chaude pour boire à son tour. On a essayé mais franchement c’est amer et très encombrant !

Une dernière journée de route avant d’arriver à Foz d’Iguaçu, et les chutes du même nom. Nous traversons la rivière Iguaçu, le ciel nuageux se reflète dans ses eaux tranquilles qui ne se doutent pas qu'au détour de l'un de ses méandres, tout va basculer ! Et que du statut d'affluent du fleuve Parana, elle va passer à celui de 7ème   Merveilles du Monde. Il faut imaginer 275 cascades réparties sur trois kilomètres de front, hautes d’environ 90 m, qui déversent six millions de litres d'eau par seconde...Fascinant. On les entend de loin avant de les voir !
Les chutes forment une frontière naturelle entre Brésil, Argentine et Paraguay. La Cascade des Sept Chutes, sur le territoire paraguayen, était tout aussi phénoménale, mais a disparu en 1982, suite à la mise en eau du barrage d'Itaipu, le deuxième plus important barrage du monde.

Le Brésil et l'Argentine se partagent l'exploitation touristique du site, classé dans les deux pays en Parc National.
On a l’intention d’en profiter au maximum. Nous nous installons pour quatre jours dans un camping paradisiaque au cœur d’un jardin tropical avec piscine, bar restaurant et comble du luxe une pelouse épaisse pour planter la tente. Nous consacrons notre première journée à la découverte des chutes côté brésilien. Il n’y a qu’un seul parcours mais la vue est spectaculaire. On a un panorama complet sur les cascades de la rive opposée située en Argentine, qui s’étirent sur trois kilomètres au milieu de la forêt tropicale. Des systèmes de passerelles qui s’avancent sur la rivière et de chemins aménagés permettent de s’en approcher au plus près, tout en respectant le milieu naturel. On a parfois une vue plongeante ou au contraire on se retrouve presque sous les cascades dans un fracas assourdissant. Pour la partie argentine, nous préférons jouer les touristes en laissant la moto au camping. Nous payons un circuit organisé. Départ 8 h, passage des frontières, le guide s’occupe des formalités et arrivée sur le site à 10 h. Autant pour la partie brésilienne, trois heures suffisent amplement pour profiter du spectacle, autant pour le côté argentin il faut prévoir la journée entière. Il y a plusieurs parcours qui offrent des angles de vues très différents, et on a voulu tout voir et tout faire. Un petit train traverse la forêt et mène à la passerelle qui s’avance sur la rivière juste au dessus de la star des cascades, la « Garganta del Diablo » la plus impressionnante par sa hauteur, 90 m et son débit.

Un p'tit business sévit sur cette passerelle. Une vraie pollution d’ailleurs ! Des photographes « officiels » juchés sur des escabeaux proposent de vous tirer le portrait, en cadrant de manière à éviter que les garde-corps apparaissent et que seul le visage, au dessus des chutes, soit visible sur la photo. C'est la basse saison et pourtant il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin, jusqu'à la rambarde et voir enfin ce gouffre rugissant.

En repartant, j’aperçois cachés derrières les balustrades, des dizaines d’escabeaux cadenassés qui pendent dans le vide en attendent leurs maîtres...Et la haute saison ! Eh bien ce doit être un beau bazar sur la passerelle.

Pendant un bon moment on observe les gens montés dans de puissants bateaux à moteur qui s’approchent des chutes. Allez, il fait beau, il fait chaud, on y va. C’est génial, le pilote est très habile, car il doit naviguer en force au milieu des remous et des rochers. Il nous a approché si près que nous étions comme sous la douche, moi je n’ai pas vu grand-chose, car impossible garder les yeux ouverts, c’était très impressionnant, et il parait que c'est excellent, car la brume est ionisée...Eh bien  pour être ionisé, on a été ionisé. 
La bonne idée c'était de le faire le matin...Comme ça on a eu toute la journée pour sécher !

Le site est magnifique, et chaque mètre de passerelle offre une vue différente. Certaines plateformes sont si près des chutes, qu'il est impossible de prendre des photos sans risquer de noyer l'appareil. Des dizaines de prismes irisent la brume qui monte des abîmes.
Mais ce qui est extraordinaire c’est tout le petit monde, beaucoup plus discret qui vit aux abords de la rivière. Les milliers de papillons de toutes tailles et de toutes les couleurs. Certains, gourmands se posent sur ma main et déplient leur trompe comme pour goûter ma peau. Au dessus de nos têtes, des oiseaux se chamaillent, ils ont des yeux d’or soulignés de bleu, et un magnifique plumage noir et jaune satiné. Des familles de coatis, genre de ratons laveurs un rien « pot de colle » repèrent très vite ceux qui ont de la nourriture, ils se dressent alors sur leurs pattes arrières et supplient du regard, craquants !

Malgré leurs frimousses à croquer, ils peuvent mordre et même transmettre la rage, en plus de vous refiler leurs puces.

Nous apercevons le premier tatou VIVANT. On en a vu pas mal, morts, empaillés et poussiéreux. C’est une étrange bestiole, assemblée façon puzzle, avec des oreilles de lapin, une truffe de petit cochon, une longue queue de lézard et un corps moulé dans une carapace articulée parsemée de poils assez longs et rares.

Des affichettes placardées sur certains arbres aux troncs entaillés, expliquent qu’ils sont des espèces importées et qu’un programme visant à les éradiquer est mis en place pour protéger les essences endémiques. Des bactéries sont inoculées via ses blessures infligées à l’arbre et ce afin d’enrayer leur prolifération. Une sorte de guerre bactériologique ! Ces deux jours ont été fabuleux ! On se sent tout petit devant tant de merveilles naturelles. On sait pourtant que des beautés pareilles, ne font pas toujours le poids avec les intérêts financiers colossaux de certains projets. Celui du barrage de Belo Monte, que le gouvernement brésilien défend, aura un impact environnemental catastrophique sur la faune et la flore, ce qui n’est pas le plus désastreux au regard de l’impact sur les populations du fleuve qui devront être déplacées puisque leur habitat disparaitra sous des milliards de mètres cubes d’eau. Le chef Raoni, et sa bouche à plateau qui fait le bonheur des humoristes, tente de sensibiliser les gouvernements en récoltant des signatures contre le projet. 

Tout près des chutes, côté brésilien, il est un parc animalier fabuleux caché dans la forêt tropicale. On se promène à l’ombre des arbres dans de gigantesques volières au milieu de centaines de perroquets multicolores, et de différentes variétés de toucans et d’oiseaux incroyables que l’on peut approcher en douceur. J’apprends que les flamants roses, pour vivre heureux sans stress, aiment se fondre dans la multitude, c’est pourquoi il y a de grands miroirs partout dans lesquels ils se reflètent ce qui leur donne l’impression d’être plus nombreux, une façon simple de doubler les effectifs !

Dans une serre à double porte battante, on observe de près des papillons attablés devant des soucoupes remplies d’une bouillie nourrissante et des colibris aux reflets irisés en vol stationnaire à la buvette. Je termine la visite avec un boa constrictor enroulé en foulard autour de mon cou qui m’effraie beaucoup moins que le gros bec crochu du perroquet, que Laurent a sur son épaule. Aujourd’hui aussi on s’est fait des potes !

Je n'aime pas tellement les zoos, mais ici on oublie les grillages... J’espère que les oiseaux aussi.


Jungle Urbaine

Finis les grands espaces, l’esprit qui vagabonde poussé par les vents. Finie l’aventure ! Les villes se succèdent. Circulation, bruit, pollution et chaleur moite car plus nous approchons de Rio, plus le climat tropical s’impose.
Nous passons deux nuits à l'hôtel Ibis en plein centre de Curitiba, encore une fois grâce à la générosité du groupe ACCOR et de Steven. 
Curitiba est une grande ville du Brésil avec 2 700 000 hab. agglomération comprise, dont la population à triplé en 25 ans. Depuis une trentaine d'années, la ville est impliquée dans un projet de développement durable, dont certains aspects sont cités en exemple dans le monde entier. Mais malgré la volonté de rendre la ville très sûre, on constate que toutes les jolies villas sont entièrement bunkérisées, hauts murs rehaussés de grilles acérées ou de barbelés, et surveillées par plusieurs caméras. En revanche, la protection de l'environnement, la création d'espaces verts et une politique des transports en commun urbains extrêmement efficace, utilisés par 85% de la population, fonctionnent à merveille.
La municipalité a inventé le concept du « tube d’embarquement » à chaque station de bus. Les usagers achètent leur ticket avant de monter dans bus, le glissent dans un lecteur et poussent un tourniquet, un peu comme dans le métro pour accéder à la plateforme du tube. Les bus ont une porte à l’avant et deux à l’arrière. Lorsque l’autobus s’arrête, la porte avant du tube s’ouvre au niveau de celle du bus pour embarquer ceux qui ont validé leur billet. Les deux portes arrière sont destinées à la descente, aucune possibilité de resquiller. C’est super ingénieux, il y a un vrai gain de temps, cela évite la fraude, et le chauffeur ne manipule plus d’argent. Nous, nous achetons un ticket dans un bus touristique qui permet la découverte des principaux lieux d’intérêt de la ville. On peut descendre, visiter et remonter dans le bus suivant, c’est très pratique. Premier arrêt au Jardin Botanique, ses fleurs rares et sa magnifique serre de verre et d’acier. On se contente de regarder derrière la vitre du bus, le musée de l'architecte Oscar Niemeyer, qui a participé à la création de la nouvelle capitale administrative, Brasilia, inaugurée en 1960, et qui a conçu en France, le Siège du Parti Communiste à Paris.

Pour terminer la journée nous prenons de la hauteur dans la tour des télécommunications, un 360° sur la ville, ses buildings de verre et ses ilots de verdure.
Nous quittons Curitiba pour São Paulo communauté urbaine de 20 millions d'habitants.

C’est le cœur économique du Brésil, le centre commercial majeur d'Amérique du Sud et la mégapole de tous les superlatifs. Urbanisme débridé, plus 2 500 gratte-ciel. 
La plus grande ville du Brésil, 1 500 km², les plus grandes communautés japonaises, italiennes et libanaises, en dehors des pays d'origine bien sur ! C’est fou, mais il y a 6 millions d'italiens à Sao Paulo, c’est plus qu'à Milan, la ville la plus peuplée d'Italie.
Mais Sao Paulo, pour nous c'est surtout la rencontre avec Steven, sa femme Margarita et leurs enfants, Jérémy et Laura. Je peux enfin remercier et mettre un visage sur le nom de celui qui nous a offert ces nuits douillettes, dans les Ibis de toutes les grandes villes d'Amérique du Sud, Lima, Antofagasta, Mendoza, Buenos Aires et Curitiba. 
Lorsque nous arrivons dans leur résidence gardée, seuls les enfants sont là, ils nous accueillent en parlant français.
Steven est franco-anglais ou anglo-français, (je ne veux pas commettre d'impair) Margarita est colombienne, leurs enfants ont trois langues maternelles, plus le portugais. Ils ont vécu en Espagne, en Italie et depuis trois ans, ils habitent Sao Paulo. Autant dire que eux aussi question voyage ils s'y connaissent. 
Margarita, arrive vers 18 h de ses cours de peinture. Elle est pétillante, drôle, et passionnée d'art...Et de photographie, le courant passe immédiatement entre nous.
C’est au tour de Steven de rentrer, vers 20 h. Laurent et Steven ne s'étaient revus depuis des années, et tout ce temps s'est effacé en quelques secondes, après de joyeuses accolades. Toute la famille lit les articles de la Transam2011 sur le site et me fait des compliments sur l’écriture. Steven trouve ça drôle de nous voir «en vrai» ! 
Nous avons passé trois jours fantastiques tous ensemble. 
Margarita, qui ne travaille pas, se propose de nous piloter dans Sao Paulo. 
Prendre le pouls d'une ville de cette taille n'est pas chose facile. On commence par les basiques, emprunter les transports urbains, taxi, métro, bus. Mais vu le nombre de deux roues, c’est surement la meilleure solution pour échapper aux embouteillages monstres, à moins que ce ne soit l’hélicoptère ! Ici, les gens riches ne se déplacent plus que de cette manière, pour gagner du temps et ne pas risquer d’être enlevés.
La ville est découpée en neuf zones. On se concentre sur le centre, un peu vieillot avec la cathédrale de la Sé, ses flèches et ses coupoles vert de gris au bout d’une enfilade de palmiers. Une plongée gourmande dans les entrailles du marché, entre fruits exotiques et bacalhau, la fameuse morue séchée, et déjeuner sur le pouce.
On se balade la tête en l’air, en regardant les buildings les plus originaux, surmontés d’antennes en forme de Tour Eiffel.

Puis pour éviter le torticolis, on met Sao Paulo à nos pieds, après avoir laissé notre passeport à la réception d’une banque qui autorise l’accès à son toit terrasse. Nous sommes propulsés par l’ascenseur au sommet d’une tour ressemblant à l’Empire State Building et couvés du regard par deux gardes armés qui font le tour de la plateforme avec nous, l’œil rivé sur le chronomètre, le temps nous est compté. La vue est très impressionnante car il est impossible de voir les limites de la ville.

La zone ouest est très commerçante, avec l’avenue Paulista, l’artère  principale. Nous passons devant le MASP, rouge et noir. C’est le Musée des Arts de Sao Paulo d’architecture Brutaliste, très en vogue dans les années 50, inspirée des œuvres de Le Corbusier. Béton génial que l’on retrouve dans une immense vague qui abrite des centaines de logements...Béton génial certes, mais qui ne vieillit pas toujours très bien.
En total contraste avec ces immeubles froids et lisses, témoins d'une époque révolue, de luxueuses villas à l’abandon, sur l'avenue Paulista, attendent qu'une banque ou un ministère quelconque jouent les princes charmants et leurs rendent leur faste d’antan.

Nous nous promenons dans le parc d’Ibirapuera, le poumon vert de Sao Paulo, à l’entrée duquel il y a une sculpture  monumentale en granit de 50 m de long qui représente les bandeirantes, pionniers du 17 ème qui ont contribué au peuplement du Brésil.
Déjà à Curitiba, des tags étranges nous avaient interpellés, nous les retrouvons sur certains bâtiments à Sao Paulo, et plus tard à Rio. 
Après quelques recherches, cela s'avère être le Pixaçao. 
Ce ne sont ni des tags ni des graffitis et il n’y a aucune volonté artistique.
Le Pixaçao est né dans les années 60 à Sao Paulo et à Rio de Janeiro. C'est un langage crypté unique, peint en noir sur les façades d'immeubles désafectés. 
Expression de l'anarchie, de la misère sociale, des jeunes des favelas. Ces jeunes maitrisent parfaitement l’escalade en milieu urbain. Ils font  des échelles humaines et des acrobaties dangereuses pour aller taguer le plus haut possible leur rage de vivre.
Steven et Margarita nous gâtent. On a ripaillé pendant trois jours, saveurs mexicaines et sushis à volonté, sur musique cristalline des verres de Caipirinha, liqueur de cachaça, citron vert, sucre et glace, qui s'entrechoquent joyeusement.

Steven, qui bosse énormément, a besoin de s'évader. La marche est un excellent moyen de se s'aérer la tête. 
Après la jungle urbaine, nous plongeons, tous les quatre avec délice et un guide qui ressemble à Crocodile Dundee dans le silence de la forêt « pré-amazonienne », seulement troublée par les cris d'oiseaux invisibles et le chuchotement des feuillages. La jungle comme on l’imagine, humide, spongieuse, avec des lianes qui tombent des arbres, des cœurs rouges de bromélia et des crosses velues de fougères arborescentes.

Tout un petit monde vit là, tapis dans la végétation luxuriante, des baies bleues et violettes, des fleurs délicates au ras du sol ou suspendues dans les arbres.

Il y a ceux que l'on a vu, et ceux que l'on imagine. Le guide prend dans sa main une grenouille grosse comme l’ongle de mon pouce tandis que je trouve une sorte de limace orange et plate qui mesure au moins trente centimètres. Heureusement point de serpents et autres bestioles ingérables.

Il est un exercice oculaire difficile, mais nécessaire à maitriser, en évoluant dans ce milieu étrange. Il faut avoir simultanément un œil vers le sol et l'autre en l'air, pour ne pas écraser en marchant les jolies bêtes rampantes tout en évitant les araignées grandes comme une paume de main dans leurs toiles à hauteur de visage !
De retour à la maison, Margarita nous prépare une Caipirinha maison. Nous papotons comme deux copines de toujours. J’adore cette femme simple cultivée et chaleureuse. Elle me raconte un peu son quotidien. A son arrivée ici il y a trois ans, elle ne parlait pas du tout portugais. Elle a pris des cours et a fréquenté un temps, un groupe de femmes d’expatriés. Petits déjeuners chez les unes et les autres, bonnes œuvres et visites de musées… Cette vie oisive, frivole et obnubilée par la sécurité l’a vite ennuyée. Ces femmes ne se déplacent qu’en taxi, habitent dans des villas transformées en coffres forts, ne parlent que réceptions et fanfreluches. Margarita est colombienne, et l’insécurité elle connait. Elle a vécu l’époque où les gens de son pays se faisaient enlever contre rançon sur les routes, ou tout simplement assassiner. Autant dire qu’elle n’a pas peur de prendre le bus et le métro toute seule à Sao Paulo ! Et puis elle son truc, ce n’est pas cocktails et petits fours, c’est art et littérature. Elle s’est inscrite en faculté et suit des cours de peinture après s’être essayée à la sculpture. En clair, elle s’épanouie ! « Dis mon amour, si Accor te propose un poste à l’étranger, ACCEPTE !!!  Moi aussi j’aimerai bien m’épanouir ». 
Nous quittons Steven, Margarita et les enfants le dimanche matin, pour continuer notre route jusqu'à Rio où ils nous rejoindront le week-end prochain.

Ils nous recommandent de nous arrêter à Paraty, (prononcer Paratchi) situé sur la Costa Verde à mi chemin entre Sao Paulo et Rio.
En longeant la côte découpée comme une dentelle, la chaleur augmente au fur et à mesure de notre remontée. 
Les étals de fruits et légumes sur le bord des routes nous rappellent l'ambiance des pays comme le Mexique ou la Colombie, ce qui n'existe pas ni au Chili, ni en Argentine et ni même dans le sud du Brésil.

Le paysage change. Il y a des collines recouvertes de forêts tropicales, qui plongent directement dans l'atlantique, et émergent à quelques encablures de là, sous forme d'îlots verdoyants.

La route longe pendant des kilomètres des plages presque désertes, destination très prisée pour la balade du dimanche du motard brésilien, qui, soit dit en passant, ne lève pas le petit doigt pour dire bonjour !

Paraty a été fondée en 1667 après la découverte d'or dans les montagnes. Du petit port partaient les galions chargés de richesses vers le Portugal.

Dans cette très jolie ville coloniale, vivaient soldats, flibustiers et esclaves.

Après son déclin, elle s'est endormie sur son passé jusque dans les années 50, ce qui explique que son centre historique soit resté « dans son jus ».

Aujourd'hui, on s'y promène en calèche, ou à pied, dans les rues pavées. La tradition veut que les maisons soient blanches avec les portes et les fenêtres peintes de couleurs gaies. Il y a une jolie église blanche entourée de palmiers, des petites embarcations en bois peint, qui proposent des balades romantiques.

Un bel endroit où la vie coule doucement, et invite à la rêverie.
Le matin on déguste un café serré, sur une terrasse improvisée, en plein milieu de la ruelle déserte et le soir, on dîne à la bougie dans un l’un des petits restaurants branchés avant de se couler dans la tente ou il fait une chaleur torride !
Je ne sais pas trop si la saison est terminée ou si elle commence, mais il n’y a pas grand monde.
Nous savourons ces derniers jours de liberté totale. Rio de Janeiro n'est plus qu'à 250 kms.
Fin du voyage. 
Et c'est là, sur une terrasse en bois du bar de la plage, fermé pour cause de basse saison, que nous élaborons les modalités de notre retour à la vie terrestre.

Indifférent à notre mélancolie, un héron pêcheur fait les cents pas le long de la grève en inspectant les fonds de son œil perçant.

Rio, terminus de la Transam

Lundi 3 avril 2011, l'arrivée sur Rio ne pose aucun problème, quelques ralentissements sur la voie rapide, mais ici, comme sur les périph parisiens, les motos roulent entre la file de gauche et celle du milieu. 
Je regarde goulument le paysage qui défile et savoure ces mots comme un bonbon acidulé... « Nous sommes à Rio de Janeiro ». Le deuxième effet « kiss cool », c'est que la fin du voyage est très proche. 
Nous sentons déjà sur nos épaules la fraîcheur de la clim de l'Airbus A330.
L’avantage des grandes enseignes, c’est qu’on les repère de loin. L’hôtel Ibis se situe juste à côté de l’aéroport régional Santos Dumont, les avions décollent et atterrissent sur une piste de 1300 m, une toute petite langue de terre posée sur la baie. Steven en réunion professionnelle pour la journée, au Novotel voisin, nous rejoint à sa pause et nous accueille avec toute son équipe pour une photo souvenir devant l’enseigne de l’hôtel. Il rentre ce soir à Sao Paulo et revient vendredi avec Margarita et les enfants, afin de passer le week-end avec nous.

Avant toute velléité touristique, il faut s'occuper d'organiser le rapatriement de la moto. Laurent s’enferme dans la chambre et épluche la liste des transitaires. Nous avons décidé de la renvoyer en France par avion. Après plusieurs coups de fil, il s'avère que seule la compagnie Five Stars accepte de s'en occuper. Il se rend sur place à l’aéroport international pour remplir les formulaires. Une chance, le gars qui s’en occupe parle relativement bien anglais. Pour finaliser l’envoi de la moto, il nous faut impérativement un billet d’avion justifiant de notre départ de Rio. Nous réservons un vol Alitalia, avec escale à Rome, le mercredi 12 avril à 14 h 30, arrivée Roissy à 16 h 40.
Nous avons rendez-vous lundi prochain, pour l’emballage de la moto et son départ en avion dans la foulée. Il y a juste un petit problème, c’est que nous n’avons plus la carte bleue visa premier et qu’il va falloir payer en liquide pour la moto. Soit ! Sauf qu’au Brésil, les retraits d’argent au distributeur sont limités à 200 Réais par jour, ce qui fait environ 75€. La raison, c’est qu’il était fréquent que des gens se fassent kidnapper, et qu’en une journée, en faisant le tour des distributeurs, les malfrats vidaient leur compte en banque. Heureusement que Steven peut nous aider. Il accepte de retirer en liquide la somme à sa banque et nous lui ferons un virement.

Pendant ce temps là, je réorganise le chargement des sacs, jette les chaussettes trouées, des tee-shirts défraîchis, un sachet de soupe lyophilisée canadien, des barres de céréales entamées, et les valises en alu prennent une douche bien méritée.

Maintenant que nous voilà soulagé d'un poids, et de quelques euros... Á nous Rio !

Nous partons pour une première expédition sur la colline Santa Teresa, l’un des quartiers les plus pittoresques de Rio, un peu bohême avec de très jolies maisons victoriennes.
Dans l’hôtel la clim est poussée à fond, et on ne se rend pas du tout compte que dehors, il fait très chaud et humide. Les entrées maritimes rendent l'air poisseux et ce n'est pas très agréable. Mon jean me colle, le soleil tape dur, j'ai chaud dans mes confortables chaussures de moto, mais comme je ne sais pas marcher avec des tongs, même des « Hawaianas » comme toutes les brésiliennes que je croise, eh bien je transpire en silence ! En plus je fais un complexe avec mes jambes blanches et puis l’Epilady étant hors service depuis le Honduras…Je ne fais pas de dessin !
Pour aller à Santa Teresa, il nous faut d’abord traverser le centre historique où se trouve le Théâtre Municipal qui ressemble à l’Opéra avec ses coupoles et ses dorures ; Puis longer la tour Pétrobras, un gros cube de verre et d’acier percé de terrasses, siège de la compagnie pétrolière qui côtoie la cathédrale Sao Sebastiao  datant de 1976. Une cathédrale ?! D’emblée, ce n’est pas une évidence. D’architecture Brutaliste comme le MASP de Sao Paulo, elle est de forme pyramidale, tout en verre et béton armé, ce qui lui donne un petit air « Rencontre du 3ème  type ». Le plus étrange est son clocher qui ne se trouve pas au sommet, mais posé à côté, comme si l’architecte avait eu la flemme de finir son travail ! L’intérieur est extraordinaire, quatre larges baies rectangulaires garnies de vitraux modernes partent du sol et se rejoignent au sommet de la voute pour former une « croix de lumière ». Les parois de béton à claires-voies, filtrent la lumière du jour invitant au recueillement et à la prière dans une agréable fraicheur.

Á l’extérieur, la chaleur est accablante, en descendant une rue en travaux, nous apercevons les « Arcs de Lapa » ancien aqueduc de l’époque coloniale. Depuis 1896, sa double hauteur d’arches blanches a été transformée en viaduc pour un vieux tramway. Il traverse une immense esplanade et se découpent sur un ciel azur. Le vieux tram jaune, mal entretenu, qui y circulait était une véritable attraction touristique de Rio. Il partait à l’assaut de la colline de Santa Teresa et de ses ruelles tortueuses et très pentues. Mais nous arrivons trop tard ! La ligne est fermée depuis quelques mois, suite à deux accidents mortels. En juin 2011, un touriste français était tombé d’un wagon du haut du viaduc en se penchant un peu trop pour prendre une photo, les secours l'avaient retrouvé dépouillé de tous ses vêtements et appareil photo. En aout 2011, les freins avaient lâché, bilan, cinq morts, cinquante-sept blessés !

Quand on dit «Rio » on pense invariablement aux deux symboles de la ville que sont le Corcovado, et le Pain de Sucre. Ils sont incontournables.

Lorsqu'il fait beau, les deux sont pris d'assaut, car ils offrent une vue imprenable sur la baie de Guanabara.

Nous prenons la moto pour nous rendre au  Corcovado en traversant la forêt de Tijuca. Le Christ Rédempteur, du haut de la colline, couve la baie de son regard protecteur. Il reste stoïque, harcelé par les hélicoptères, qui comme de gros bourdons virevoltent toute la journée autour de lui. Une file interminable s'impatiente pour monter sur la terrasse à ses pieds. Nous déclarons forfait ! En redescendant, nous nous arrêtons à l’héliport d’où il y a un point panoramique sur la baie, et la ville On aperçoit au loin le stade du Maracaña, en travaux comme de nombreux sites de Rio, qui s’apprête à recevoir la coupe du Monde de foot en 2014 et les JO en 2016…La ville sera-t-elle prête ?

En fin d’après midi, nous prenons le téléphérique qui monte au Pain de Sucre. Une première escale sur le Mont Urca, où une frêle cabine en  métal et bois, sans vitre, est exposée. Elle date de l’inauguration en 1912 du premier téléphérique qui va bientôt fêter ses cent ans. C’est là qu’on voit que les normes de sécurité ont bien changé !
La seconde partie avale les 1400 m de câbles en trois minutes ! Pao de Azucar, est un gros bloc monolithique s'élevant à 396 m, situé sur une péninsule qui garde l’entrée de la baie de Guanabara.

C’est toujours impressionnant de dominer du regard une ville. Partout où nous sommes allé, il y avait toujours un point haut qui permettait d’en prendre la mesure, en plus c’est très pratique pour s’orienter. Á Rio, c’est la même chose, l’émotion en plus. Je crois que j’aurais pu passer des heures, à la nuit tombante, accoudée à la rambarde en regardant s’allumer chaque petite lumière. Elles balisent les plages mythiques de Copacabana et d’Ipanema et colorent les rivages. Le ciel s’embrase au loin derrière le Corcovado dans une débauche de rouge et d’or. La brume maritime et de tout petits nuages flottant dans l’air, dissimulent les contours de la baie et c’est comme si tout devenait irréel.  
Il n'y a rien de plus romantique que de regarder le soleil se coucher sur Rio !

Steven, Margarita et les enfants nous rejoignent le vendredi Saint, qui est férié au Brésil. Ils adorent Rio, et viennent très souvent y passer un week-end…Ça me rappelle mon amie qui habite la Calédonie et qui, à une époque, allait faire son shopping à Sydney…Bon ben moi je vais aux Atlantes à St Pierre des Corps !
Nous occupons la journée du samedi à déambuler le long de la plage de Copacabana, reconnaissable à ses trottoirs recouverts de vagues noires et blanches en mosaïques de pierres. Chaque quartier a un motif différent. Cette plage à la renommée interplanétaire depuis les années folles, est la plus populaire de Rio. Sur plus de quatre kilomètres, une multitude de vendeurs ambulants proposent des paréos multicolores, les tongs « Hawaianas » d’une entreprise brésilienne florissante, des bijoux fantaisie ou bien de quoi se restaurer. Le spectacle est assuré par les joueurs de beach-volley, les corps bodybuildés luisants de sueur de ceux qui soulèvent des poids en béton, en frimant devant les filles béates d’admiration, qui peaufinent leur bronzage. Après ça, une petite séance de massage à l’ombre d’un cocotier, est toujours possible.
Il y a aussi tout le long du front de mer, les magiciens du sable qui créent de véritables œuvres d’art. Les artistes rivalisent d’imagination pour construire des châteaux imaginaires dignes des Mille et Une Nuits, et reproduire les symboles de la ville, comme le Pain de Sucre et le Corcovado.
De l’autre côté de la grande avenue, les immeubles cossus et les palaces se succèdent. Au bout des rues perpendiculaires du quartier qui débouchent sur le mail, les premières maisonnettes de la favela Cantagalo, se coulent entre les immeubles de standing. Pour cette raison, il est fortement déconseiller de se balader sur la plage de Copacabana le soir. Car parfois des gangs font des descentes éclairs, dévalisent les touristes en goguette, et remontent en quelques minutes dans la favela, à l’abri de toutes représailles policière.

Depuis plusieurs années l’État brésilien qui a nettoyé sa police de ses ripoux, a multiplié les interventions musclées dans les centaines de favelas construites sur les collines de Rio, qui telles des citadelles imprenables, servent de QG à tous les narcotrafiquants. Depuis novembre 2011, les actions policières portent leurs fruits, car les bidonvilles accèdent peu à peu à une vie plus paisible, sécure et humanisée. Les JO et la Coupe du Monde de foot ont considérablement accéléré le processus. Tout au bout de Copacabana on arrive à un promontoire rocheux, d’où l’on domine la plage d'Ipanema dans le très chic quartier Leblon. Mer turquoise, plage semée de parasols, bordée d’immeubles entourés de hautes collines. Á 16 h c’est l’heure de pointe. De loin, on dirait une fourmilière, il y a autant de monde dans les vagues que sur le sable. Une brume maritime enveloppe la baie. A cette période de l’année, les orages de fin de journée sont fréquents, mais ne rafraichissent pas pour autant l’atmosphère, saturée d’humidité à 80%.

Nous prenons le métro pour nous rapprocher de l’hôtel. Il y a juste deux lignes, et les femmes y ont un compartiment réservé aux heures de pointe, matin et soir les jours de semaine.

Pour fêter notre dernière soirée ensemble, Steven et Margarita, nous invitent à diner au Rio Scenarium. C’est l'un des hauts lieux de la vie nocturne des cariocas les plus branchés, situé dans le quartier historique. Nous nous y rendons en taxi. Le chauffeur ralenti aux feux rouge, regarde à droite et à gauche, mais ne s’arrête pas. La nuit, en voiture, personne ne s’y arrête, question de sécurité !
Les façades coloniales du quartier de Lapa, sont éclairées de spots colorés, la samba est partout, rythmée par le claquement des talons aiguilles des jolies filles sur les pavés de la rue piétonne. Nous arrivons tôt pour éviter l’attente. On a quand même failli ne pas pouvoir entrer, car Laura, mineure, n’avait pas sa carte d’identité, et l’ouvreuse ne rigolait pas avec la règlementation. Une chance que Laura ressemble fort à son père, le cerbère a fini par en convenir avant de soulever la lourde tenture. Le déco intérieure est insolite, parquets cirés, tapis épais, glaces dorées, tableaux anciens, vitrines remplies de pièces uniques d’antiquités et de brocante chic, sous des lumières tamisées. Margarita, Laura et moi partons à la découverte de ce lieu étrange à la fois restaurant, piano bar, et boite de nuit sur trois niveaux où les filles habillées de robes moulantes ultra courtes ne font pas tapisserie très longtemps. D’un balcon donnant sur la rue, on voit la file d’attente s’allonger, s’allonger. Á croire que tout Rio s’est donné rendez-vous ici !

Le lendemain matin, au petit déjeuner, nous décidons de retourner tous ensemble sur la colline de Santa Teresa,  pour y découvrir de nouveaux trésors. Arrivés sous les Arches de Lapa, on demande la direction des escaliers de Selaron à un policier. Il nous conseille vivement de nous y rendre en taxi ou en bus, car selon lui, il est très dangereux d'y aller seuls… « Merci monsieur, nous préférons marcher !». On sent la volonté des autorités d'éviter les ennuis aux touristes. Mais nous n'avons ni sac à main, ni appareil photo avec un gros zoom, qui pendent autour du cou. Laurent prend les choses en main, et nous guide à travers des ruelles sordides, jonchées de détritus et bordées de palissades en tôles ondulées taguées. Un raccourci !
Escadaria Selaron. C’est un endroit que j’adore, et je pourrais y passer des heures à regarder cette œuvre sous tous les angles sans me lasser. C’est le travail de Jorge Selaron, artiste chilien qui a entreprit en 1990 de recouvrir d’azulejos à dominante rouge et jaune, et en y incluant des carreaux de faïence à motifs du monde entier. Les 215 marches et les bordures de cet escalier conduit du quartier de Lapa à la colline Santa Teresa. Vu d’en-bas, c’est une incroyable cascade de couleur, et avec Margarita, on s’est amusée à se prendre en photo, allongées comme des stars sur les marches. Nous devons monter à pied puisque le tramway ne fonctionne plus. Dans les arbres qui bordent la route des petits ouistitis nous observent. Au sommet de la colline, nous entrons dans un joli jardin où se dressent les ruines du Palais Murtinho Nobre. Cette maison bourgeoise fut l’un des salons les plus effervescents de la vie sociale et culturelle carioca des années 20 jusqu'en 1946. Il n’en reste qu’une coquille vide, avec un escalier intérieur qui mène à une  terrasse, d’où on a une vue magnifique sur la baie. Dimanche soir, Steven, Margarita et les enfants rentrent à Sao Paulo. Leurs trois années de vie brésilienne prendront fin en septembre, car de nouvelles fonctions attendent Steven en France. Nous les accompagnons à l’aéroport une dernière fois. 

Il nous reste encore un problème à régler, démonter la roue avant de la moto, afin d'optimiser la caisse qui part en avion. 
Après avoir fouillé les rayons de TOUS les magasins de bricolage de Rio, la clé alène de 22, reste INTROUVABLE. Tout n’est pas toujours simple avec une béhème ! La roue avant, se démonte avec une clé alène de 22, et l'arrière on s'en souvient, depuis la crevaison en Terre de Feu, avec une clé torx de 50.

Nous rencontrons un motard brésilien en BMW1200GS dans le quartier Botafogo et grâce à son aide, un garage moto accepte de nous prêter la précieuse clé qui pèse environ 2 kg et qui, même si on en avait une, ne tiendrai pas sous la selle !

Lundi, Laurent doit emmener la moto dans la zone de fret où elle va être démontée, sanglée, et enveloppée de film transparent comme un gros insecte dans sa chrysalide avant d’être clouée dans sa cage de bois pour le voyage.

Devant l’hôtel, Laurent fixe une dernière fois les valises alu sur la moto. Je le regarde partir avec un sentiment étrange. C’est la fin du voyage, mais ces mots ne veulent rien dire. Je ne ressens aucune excitation, ni joie ni tristesse, juste un peu d’incrédulité. Je crois qu’on ne réalise pas du tout que dans deux jours, la parenthèse sera refermée et je me demande à quel moment on va percuter…Et si ça fera mal !

Mardi nous avons rendez vous chez le transitaire à 10 h, Laurent sort sa liasse de billets pour payer en liquide !

Nous attendons dans les bureaux qu’Osmar, le préposé à notre dossier tape avec ses deux doigts les informations nécessaires aux derniers documents douaniers. Lorsqu’à midi, il nous annonce que nous pouvons rentrer à l'hôtel, on est tout content. Mais, d’un air détaché, il rajoute que nous devons rester joignables jusqu’à ce que les douanes passent pour inspecter la caisse. Et elles vont passer quand les douanes ? Dans la semaine ! Sauf que monsieur, notre avion part demain à 14 h, et les billets ne sont ni échangeables, ni remboursables !
_« Ah ben c'est ennuyeux, car vous devez rester, au cas où ils aient besoin de vous poser des questions ». OUPS ! Cette information a du nous échapper. Laurent rappelle d’une façon très diplomate, à Osmar, qu’il lui avait demandé d’avoir des billets d’avion mais qu’il n’avait pas précisé qu’un délai d’une semaine était nécessaire entre l’emballage et le départ.

Heureusement, notre petit « ange gardien », celui qui voyage avec nous depuis le début, a encore été très efficace ! 
Osmar, s'est débrouillé pour que la caisse de la moto soit visée dans la journée et à 15h30, nous étions enfin libres. On lui glisse un joli billet, en remerciement de cette prouesse.
Du coup, on en profite, on saute dans un taxi, direction le stade du Maracana !

Il est en travaux, pour la coupe de Monde 2014. D'ailleurs, toute la ville de Rio se fait belle pour les Jeux Olympiques de 2016.

C’est un peu l’arnaque, le prix du billet d’entrée est exorbitant, et il est impossible d’accéder à l’enceinte du stade en travaux. On doit se contenter d’un musée poussiéreux, avec les empreintes de pieds coulées dans le béton des joueurs célèbres, dont celles de Ronaldo et d’un certain KaKa. Dans une pièce aux lumières spectrales, sous un globe de verre, le Polo de Pelé, un mythe...un peu mité, et une mini maquette du futur stade. Ce n’était pas terrible terrible !

Dernière soirée, nous dînons en silence dans notre petit restau habituel, le gars nous fait des sourires vu que ça fait une semaine qu’on mange chez lui. Nous ne sommes pas des adeptes de la vie nocturne, aussi nous rentrons tranquillement à l’hôtel une dernière fois, en marchant lentement sur les vagues noires et blanches des mosaïques de pierre.

Mercredi 11 h 30 départ en taxi de l’hôtel,
13 h, enregistrement des bagages,

 Escale à Rome de 7 h du matin à 14 h, crevant !

16 h 40, arrivée à Paris CDG.

Sous les banderoles et les « hourraaaa » de nos inconditionnels supporters familiaux. Trop sympa !

Bienvenue sur Terre.