Instant d'année

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USA Part 2

ESCALES AMICALES ET GOURMANDES POUR LA TRANS’AM EXPRESS

 

Minnesota, Iowa... il nous fallait bien ça pour permettre à notre cerveau d'assimiler ce à quoi nous venions d'assister, et ranger dans ses petits tiroirs, les milliers d'images imprimées sur nos rétines.
Depuis notre départ, le 4 mai, pas de temps mort. 
Florilège visuel et émotionnel qu'il faut « digérer ». 
On a l'impression que tout ne va pas tenir sur le disque dur !
La traversée de ces deux états est longue et ennuyeuse, rien n'arrête le regard, rien n'excite la curiosité, l'esprit peut vagabonder, tranquille, et se construire son « best of ». Trier, archiver, revivre avec délice certains épisodes, sans être parasité par de nouvelles sensations.
En général les plaques minéralogiques vantent les trésors de leur Etat. Celle de l’Iowa représente une ferme, et un silo … Ca donne une idée de l'intérêt touristique ! 
Le silo et les champs de maïs : vus !

Rien d'autre...Je m’amuse en voyant les panneaux « interdiction de faire demi tour ». C’est effectivement le premier réflexe qui vient, fuir ! Et les dizaines de maisons abandonnées plombent un peu plus l’ambiance.

Le regard se perd dans les champs de maïs, à l'infini, et bute parfois sur un bosquet d'arbres abritant, une maison, une grange, un silo et de nouveau le maïs ... C'est comme qui dirait, traverser l' Eure et Loir... mais pendant 800 kms...
Nous sommes fin juillet, il fait 39°, avec un taux d'humidité de 70%, je me surprends à imaginer, qu'avec quelques degrés de plus, le maïs pourrait bien se transformer en pop corn, en plein champ ! Ça mettrait un peu d'animation dans le paysage. En attendant on essaie par tous les moyens de se faire des courants d’air dans le blouson. Même s’il nous colle et que nous sommes à la limite de suffoquer, nous préférons le garder sur nous.   
Enfin l'Illinois.

Nous arrivons à Chicago, troisième plus grande ville des USA.

Escale technique pour changer le pneu avant de la moto !

La chaleur est étouffante, l'air est saturé d'humidité et les orages violents, ne rafraîchissent pas l'atmosphère. Un photographe de la communauté d’Horizon a proposé de nous héberger. Laurent sans GPS trouve son chemin avec une facilité incroyable dans une ville où il n’a jamais mis les pieds !
A peine garé, le mec nous demande notre profession …On n’a pas du avoir bon au test, car il nous dit de planter la tente dans le micro jardin entouré d’une palissade en bois… Why not… sauf que c’est aussi là que son chien fait ses besoins depuis…Un certain temps ! On a même retrouvé des crottes fossilisées. Je chuchote à Laurent que je préfère partir. Mais il ne veut pas vexer notre hôte.  Et nous poussons les crottes pour installer la tente. De laquelle je refuse de sortir. « Va diner avec ce monsieur si tu veux, moi je reste ici, dit lui que je suis fatiguée. »
La chaleur se concentre dans cet espace confiné et l’air est irrespirable. Moi je dis que si c’est pour recevoir les gens comme ça, mieux vaut s’abstenir ! Dès le lendemain, nous quittons les lieux aux aurores, sans rien voir de la ville.
Nous recontactons Bart, un gars formidable, qui nous avait proposés de nous accueillir chez lui, dans l'agglomération de Chicago. Nous avions préféré la proposition du photographe plus proche du centre ville.
Et c’est ainsi que nous arrivons chez Bart à plus de 50 kms de Chicago. D'origine polonaise, il vit aux US depuis une vingtaine d'années il est passionné de voyage...et de cartes routières !
Ils se sont bien trouvés, tous les deux !

Ça commence timidement avec une carte, et deux heures plus tard ils ont retapissé le parquet du salon en explorant des milliers de miles.

Bart a mis sa maison en vente, et retourne s'installer en Pologne. Il nous avoue qu’il vit aux Etats-Unis depuis 20 ans sans aucun papier règlementaire. Et pourtant, il travaille, a un compte en banque, une sécurité sociale, enfin tout, sauf le droit de vivre ici ! Surréaliste.
Mais avant il aimerait voyager en Amérique Latine avec sa BMW 800 GS.

La communauté polonaise est importante à Chicago, c'est l'occasion de rencontrer ses amies et de passer une excellente soirée tous ensemble.
Le lendemain, nous ne nous avouons pas vaincus et retournons en ville sous une chaleur écrasante. Pour une fois, j’abandonne le blouson et le pantalon, il fait vraiment trop chaud, et je ne me vois pas déambuler en ville avec ma panoplie de la « parfaite motarde sécuritaire ».
La chaleur nous a un peu gâché le plaisir de la découverte. Les fontaines géantes du Mémorial Park sont prises d'assaut par les petits et les grands qui pataugent dans les flaques et nous profitons des arrosages publics pour nous rafraichir.

On passe un moment à prendre des photos de « The Bean ». C’est un gigantesque haricot de métal, au centre du Parc, dans lequel se reflètent les buildings, et qui modifie de façon amusante les perspectives, les gens et les choses.

Les rues de Chicago sont étouffantes. Les travaux sur la chaussée et les gaz d'échappement, nous font suffoquer, pour une fois Laurent est trop heureux de me suivre, dans les grands magasins climatisés, prendre un bol d’air frais.

La Sears Tower qui fut la plus haute tour du monde jusqu'en 1998, détrônée par la Petronas Tower à Kuala Lumpur, elle-même déchue par celle de Dubaï.

Un petit clin d'œil aux « Blues Brother’s », Jake & Elwood,  en passant sous la ligne de métro aérien.

En motards avertis nous nous arrêtons pour un déjeuner  chez « Lou Mitchell » au kilomètre 0 de la mythique Route 66.

Le lendemain, on se dit que Milwaukee, n'est qu’à 140 kms d'ici, en plus Bart n'y est jamais allé. En route donc, pour le berceau de la marque Harley Davidson. 
Le Musée achevé en 2008, nous offre un voyage dans le temps, au cœur de la légende. La mise en scène du musée est à la hauteur de la renommée Harley. Et les passionnés sont captivés.
Toute la genèse, de la naissance en 1903 de la première Harley, aux derniers modèles 2011, des prototypes, en passant par le pire des années 80, puis la renaissance de la marque lors du rachat par les salariés, et la création des Hog (Harley Owner Group).
Mais dans certains cas, le look Harley peut frôler le ridicule, voire le burlesque. Ici un modèle unique recouvert de milliards de perles et de lumières qui clignotent, ou bien une autre, rose Malabar. Certaines habillées en orange et noire, me font penser à des citrouilles d’Halloween ! Celle-ci mesure au moins trois mètres de long et brille de mille feux comme un sapin de noël.
L’équipement n’est pas en reste et franchement c’est limite mettable sauf peut être au moment de la  Bike Week à Daytona Beach. Ceintures de cuir cloutées incrustées de pierres colorées, copiées sur les ceintures de champion du monde de boxe. Casque futuriste sur lequel  sont branchés les clignotants.
Nous quittons Bart, au matin, avec la certitude de le revoir...en Europe. En cadeau d’adieu Laurent reçoit un crampbuster, petit objet en plastique qui se fixe sur la poignée d’accélérateur et permet de soulager la pression de la main. Super efficace et utile, Laurent l’adopte immédiatement car on n’en a pas terminé avec les lignes droites interminables.
Nous croisons les doigts  pour toi, Bart, et te souhaitons bonne chance pour tes projets et merci encore pour ces trois jours vraiment supers.

L'interstate nous emmène de Chicago, à Louisville, Kentucky, via Indianapolis, (Indiana) 
Mais il est bien difficile d’apercevoir le speedway, en préparation pour le prochain Moto GP

Décidément, pas de chance : trop tard pour la Bike Week à Daytona, trop tôt pour Sturgis et trop tôt aussi pour le Moto GP.

David, que nous avions rencontré sur le ferry en Alaska, nous attend à Louisville dans sa magnifique villa. Il est pilote d’avion chez UPS et lui aussi roule en BMW1200 GS. Sa femme, Tüllin, est en Turquie, et déçue de rater la soirée. 
David, en chef cuistot émérite, nous régale d'un dîner au barbecue, avec un succulent filet mignon, asperges, épis de maïs cuits à point, et en dessert des framboises avec glace vanille, le tout arrosé de Chambord, une délicieuse liqueur française, isn’t it ?

Après le vin blanc en apéritif, le vin rouge, la liqueur, les 500 Kms et les 39°, j’ai  loupé deux marches en montant me coucher avec un air béat !
Une bonne nuit de sommeil, sur un matelas de cinquante centimètres d’épaisseur, et nous retrouvons au matin, cette chaleur écrasante qui ne nous quitte plus. 
Il paraît que c'est très inhabituel... décidément !
C'était une visite éclair, mais c'était cool de te revoir David.

Encore une journée de route sans saveur. Il fait très chaud, et j’envie les motards qui roulent en tee-shirt. Je passe le temps en déchiffrant les immenses panneaux publicitaires plantés des kilomètres à l’avance et qui annoncent les villes.
Nous avons rendez-vous cette fois, avec l’autre Dave, à Knoxville. Il habite en Caroline du Nord, retraité, il a tout son temps, alors, il a décidé de venir à notre rencontre pour rouler avec nous jusqu’à Lake Lure où il habite avec sa femme Penny.

Un tronçon extrêmement prisé des motards, traverse les Appalaches et s'appelle « Tail of the Dragon », (la queue du dragon) 318 virages sur 11 miles, et y en a qui disent qu'il n'y a pas de virolos dans ce pays !

Laurent aurait bien aimé jouer avec tous ces gentils motards... Doublés par deux missiles sol sol, il s'est imaginé avec son pote Philippe sur la route de Barcelone. Heureusement que je tiens les rênes. Pas question, chargés comme on est, de se mesurer avec ces avions de chasse.
Des photographes embusqués dans les sorties de virages les plus spectaculaires, traquent le genou par terre et bien sûr, les chutes, nombreuses, qui parfois endeuillent les dimanches… Mais ne dissuadent jamais les fous du guidon.

Les virages, certains ont trouvé qu'il y en avait de trop !
En témoigne « Tree of Shame », l’arbre de la honte, qui trône sur le parking à la fin du parcours, où sont  suspendus tous les débris de carénages.

D'autres sont allés jusqu'au bout...de leur vie. Comme ce jeune garçon de 20 ans dont la photo est collée sur la bulle cassée de sa moto.

Beaucoup ont goûté au bitume, et se sont fait de jolies pizzas sur le corps. Peu de motard roulent avec blouson et pantalon. Les photos sanguinolentes, s’affichent en trophées dans la boutique de souvenirs où les heureux rescapés achètent un sticker à l’effigie de la route. Sympa la balade du dimanche.

Dave et Penny nous reçoivent dans leur propriété au bord du Lake Lure (North Carolina). Ils habitent presque au paradis. Et c’est sur la terrasse face au lac et devant un coucher de soleil flamboyant que nous trinquons à nos retrouvailles.

Pour fêter notre arrivée, Penny, nous a concocté un délicieux dîner suivi d'un crumble aux blueberries à se damner.
Penny alimente quotidiennement un blog de cuisine et ma recette de ratatouille est aussitôt mise en ligne, avec un résumé de notre rencontre et du voyage, photo à l’appui ! Immédiatement les internautes réagissent et pressent Penny de questions sur la chance qu’elle a de recevoir chez elle ces « incroyables français » !

Dave, retraité, écrit et publie des livres pour enfants, en mettant en scène la vie près du Lake Lure. Passionné de moto, lui aussi tient un blog sur ses voyages à travers son pays.

Au programme du lendemain, journée de détente, balade en bateau sur le lac, Daisy la chienne noire et blanche, est de la partie. Elle adore le cabotage mais déteste la baignade. Tout autour du Lake Lure, des villas de très grand standing, dans leur écrin de verdure sont toutes équipées d’un ponton de bois avec terrasse et abris pour un, deux ou trois bateaux.

Le lac est connu grâce au tournage du film culte « Dirty dancing » avec Patrick Swayze.

Pique-nique sur le bateau, baignade et barbotage, dure vie pour les voyageurs.
Trop génial, ces deux jours... Nous reverrons Penny et Dave en juin prochain, car ils ont prévu de visiter Paris, la Provence...et nous !
Plus que quelques jours pour rallier Miami et accueillir les enfants qui arrivent dimanche, pour passer trois semaines de vacances d’été avec nous.
Nous avions un « bon  plan » d’échange de maison avec des gens de Floride. Mais ils sont revenus sur leur parole et nous n’avons pas de solution de rechange…Il va falloir improviser. Trouver un hébergement pour tout le monde, moto y compris.
Caroline du Sud, On s’arrête juste pour la photo et notre collection de panneaux des États et gazzzz !
La Géorgie, aurait surement mérité un ou deux jours de tourisme supplémentaire.
Ce ne sera qu'un arrêt express à Savannah, qui fleure bon l'esprit du Sud et « Autant en Emporte le Vent ».

Et maintenant, en route pour la Floride...

FLORIDE : SUNSET POUR LE FUN STATE

Sunshine state, c'est rien de le dire... le thermomètre flirte avec les 100° ....Fahrenheit of course ! En fait, un petit 38° avec 75 à 80% d'humidité, entretenu quotidiennement par de tonitruants orages tropicaux.

On s’arrête au Visitor Center sur une aire de repos de la voie rapide. C’est ça qui est super aux USA, à chaque changement d’états, un centre d’informations vous ouvre ses portes sans que vous ayez à le chercher. On y trouve gratis, la carte routière détaillée de l’état et toutes les infos sur les incontournables sites et curiosités locales. Des bons de réductions pour les hôtels, restaurants et même pour des petites retouches de chirurgie esthétique. Réduction de prix sur des augmentations mammaires…photos à l’appui. J'espère pour les clientes que le résultat n'est pas au rabais !
Sur le parking au moment de repartir, nous sommes abordés par un canadien de Montréal venu passer 15 jours au soleil seul avec sa moto. 
Il est heureux de pouvoir parler français et tristounet de voyager seul... Il n'avait pas terminé sa phrase, que deux autres motards canadiens venaient se garer et papoter avec nous, pour finalement proposer à notre « tout seul » de faire la route ensemble.
C'est vraiment cool la moto pour se faire des potes !

La descente sur Miami, ce sont environ 800 kms en ligne droite.
Heureusement, pour varier le paysage et la vitesse, on roule successivement sur les trois routes parallèles.
L'Interstate 95 qui s'achève au sud de Miami. La mythique US 1 qui prend fin à Key West. Et l’A1A qui longe la côte au plus près.
C'est sur celle-ci que nous sommes immédiatement frappés par les milliers de panneaux de biens à vendre. 
La crise à frappé très fort en Floride. « La misère serait elle moins pénible au soleil» ? Ce n'est pas sûr !  
Les pancartes « For sale » ont fleurit partout. 
A vendre au tiers de leur prix, les splendides villas de front de mer, à vendre les petits restaurants, les supermarkets de proximité et les motels indépendants. Plus de la moitié sont fermés, ou carrément abandonnés. Sale temps sur la Floride.

Les saisies immobilières se multiplient, les banques réclament leur dû et placardent des affichettes sur les vitrines, même des stations services ont mit la clé sous la porte.

En traversant Sainte Augustine, charmante station balnéaire, on a une sensation de désolation avec des maisons modestes abandonnées, personne dans les rues, presque une ville fantôme. Et  en plus, c'est la basse saison touristique. La période de pointe est en novembre/décembre.

Personne non plus à Daytona Beach, mais là c'est normal, la Bike Week est terminée, les rideaux de fer des boutiques sont baissés et Main Street est déserte.

Un motard, sur un chopper bariolé, remonte la rue, seul.
_ « Ah, un retardataire ! »
_ « 
Eh les copains, vous êtes oùùùù ? »

Quelques tours de roues sur la plage mythique, quelques tours seulement, car la vitesse est limitée à 10 miles/h (16km/h), et sur deux roues, on manque de motricité dans le sable mou !!! Bébéééé, on va se casser la gu....!!!

Guidonnage, Laurent évite la chute de justesse. Ouf, ce serait trop la honte de se vautrer sur la plage devant tout le monde, on n'est même pas en maillot !
On pose notre paquetage dans un motel 6 avec piscine à Cocoa Beach, terrain de jeux de l'enfant du pays, Kelly Slater, 10 fois champion du monde de surf. Les sports de glisse ont la cote sur la côte. Le magasin de sports nautiques, «  Ron Jon », le plus grand de Floride, surfe sur la vague du business, et Laurent s'est d'ailleurs fait quelques cheveux blancs en réalisant que j'étais partie en vadrouille avec la carte bleue.
_ « Tu n’as pas de raison de t’en faire, je ne suis pas très aquatique comme fille ! ».

Avant l'arrivée des enfants, il nous reste un petit détail logistique à régler... Trouver une solution pour la béhème. Pas question de la laisser sur un parking de motel, non mais oh !
Encore une fois la solidarité motarde va jouer...Et surtout la confiance ! 
Luis, jeune motard colombien que Laurent  a contacté sur un forum local, roulant en Honda 1000 CBRR et vivant à Miami accepte de garder la GS dans son jardin pendant trois semaines.

Bon ben merci, Luis ! Heu, c'est quoi ton nom de famille Luis ?
Comment ça, c'est dingue de laisser sa bécane chérie, trois semaines chez un mec qu'on n'a jamais vu, dans une ville où, à toute heure du jour et de la nuit, la police est sur les dents et coursent les voleurs de tous poil. Ben non ce n’est pas dingue, c'est juste le quotidien quand on voyage avec Laurent ! 
C' qu'est dingue en revanche, c'est qu'elle sera encore là quand on reviendra la chercher !
Nous partons rassurés, Luis chouchoute ses motos. Le CBRR dort dans sa chambre.
Vive les vacances, trois semaines en Floride en famille.
Installés dans un studio Hôtel à Fort Lauderdale à 25 kms de Miami, nous organisons le séjour avec les enfants. Je fais les courses au supermarché Wall Mart ouvert toute la nuit, et il y a du monde toute la nuit !
L’arrivée de nos trois enfants à l’Aéroport de Miami, signe le début des vacances.
Laurent ayant des réductions dans les Motels 6, grâce à sa carte Accor, nous optons pour cette solution qui nous offre plus de flexibilité qu’une location fixe pendant trois semaines, puisque nous allons sillonner la Floride. Ce qui est sûr c’est qu’on va exploser le budget. Mais bon !

Voiture de location climatisée, enfants à bord, et c'est parti. Mais cette fois c’est moi qui conduis !
Au programme, Cap Canaveral. Base de lancement des navettes spatiales, Columbia, Challenger, Discovery, Endeavour n’ont plus de secret pour nous. À dix jours près, on assistait au départ de la dernière.
Un grand voyage dans le temps et l'Espace.
On s’organise peu à peu. Á cinq, pas question de manger matin midi et soir au restaurant, ni au fast-food. Je cuisine dans les chambres d’hôtel, qui ne sont pas du tout équipées pour ça. Il faut se débrouiller avec notre petit matériel de camping, en prenant bien soin de ne pas déclencher l’alarme incendie, c’est assez folklorique. Mais on trouve des astuces. Nous faisons les courses le soir, je prépare le dîner et les sandwiches du lendemain. Comme il y a des distributeurs de glaçons dans tous les motels, chaleur oblige, je remplis les sacs en plastique de supermarché pour tenir les aliments au frais et je les stocke pour la nuit dans le lavabo de la salle de bain. La plupart du temps nous prenons deux chambres mais il est arrivé que nous dormions tous dans la même. Ce qui parfois fait grincer les dents de celui qui doit dormir par terre sur le matelas de camping.
Heureusement que les activités diurnes sont palpitantes.

Orlando et ses fameux parcs d'attractions. L’entrée des parcs à thèmes est relativement chère. Nous en avons sélectionné deux. Animal Kingdom, qui est un parc Disney, et Adventure Island, un parc Universal. 
Le premier est un gigantesque zoo ou nous sommes partis faire un safari africain, à bord d'un 4X4, au milieu des animaux de la savane.

Nous avons escaladé l'Everest, installés inconfortablement dans des wagonnets, qui nous ont mis la tête à l'envers, à une vitesse vertigineuse et dans le noir, de surcroit. Ça nous a retourné l'estomac, fait hurler de terreur...mais comme l'Asie nous a bien plus, et qu'on est des aventuriers, on y est retourné deux fois !

La magie Disney, c'est le souci du détail et de la reconstitution minutieuse des paysages, qui sont tellement réalistes qu'on s'y croit vraiment, comme les milliers de visiteurs qu'on y a croisé.

Mais, quelque soit le thème du Parc, Disney sans Mickey, n'est pas Disney. On a attendu comme des gosses la grande parade qui met tout le monde en joie.

Après Disney,  un autre très représentatif, Adventure Island, et comme son nom l’indique, on n’a pas eu à se plaindre. 
Hulk, le géant vert, mais pas celui du maïs, nous propulse dans les airs dès l’ouverture à 9 h, histoire de nous mettre en jambe.

Spiderman, en 4D, on est comme dans un jeu vidéo, l'effet est bluffant.
La visite de Poudlard et de tout l’univers magique d’Harry Potter nous enchante comme des gamins.

La toute nouvelle attraction « Harry Potter » avec ses loopings, est tellement too much qu'il n'y a que 5 minutes d'attente pour monter dans les sièges ultra sécurisés qui en disent long sur ce qui nous attend. Au final, vu qu’on n’est pas des dégonflés, et après être passé dix fois devant, on s'est lancé... c'est le cas de le dire ! Whaouuuuuuuuuuu. J’entends des hurlements hystériques, qui ne semblent pas sortir de ma bouche, pourtant ouverte en grand.
Il fait une chaleur torride dans le parc. Heureusement, les attractions aquatiques sont nombreuses, et très.....aquatiques.

Pas le temps de sécher entre deux descentes de rapides, au milieu des dinosaures de Jurassic Park. On attend à peine avant d’embarquer à une dizaine dans un gros canot guidé par une crémaillère. La montée, cran par cran dans le noir, fait grimper l’adrénaline, et brutalement une porte s'ouvre, j’ai le temps d’apercevoir le ciel avant que le canoë ne plonge dans le vide quasi à la verticale, pour finir dans un gros splash quelque trente mètres plus bas ! Je suis ressortie trempée avec la certitude que la descente de rapide n'était pas dans mes cordes. Les enfants ont adoré !

Activité beaucoup plus calme, quoique…Découverte des Everglades National Park. La route est longue depuis Fort Lauderdale et le paysage défile pendant deux heures avant de montrer le pass au Ranger, qui garde l’entrée du Parc. N'oublions pas qu'à l'origine, avant les villas, les marinas et Harry Potter, la Floride n'était qu'un immense marais, bordé d'une impénétrable mangrove infestée d'alligators, et de moustiques.

Les amateurs d'oiseaux sont comblés, des hérons, des rapaces. Et tout un monde d’insectes et de petites bêtes étranges, un poil hostile. Au bout de deux heures à sillonner les routes désertes où il ne se passe pas grand-chose, nous décidons d’emprunter une piste, longeant un bras de rivière. Très vite j’aperçois sur la berge ce que je crois être un vieux pneu de voiture déchiqueté à moitié dissimulé dans les herbes. Je stoppe, Laurent descend et s’approche du pneu, qui soudain prend vie !  _« Reviens bébé c’est un crocodile ».
_
« Il n’y a pas de croco ici, ce sont des alligators »
_« ouiiii ben c’est pareil ».
La bête a le corps à moitié dans l’eau et c’est sa queue que nous avions prise pour le vieux pneu. A partir de là, je roule au pas le long de la rive et nous voyons quelques alligators. Les bébêtes sont assez statiques et malgré l’interdiction de leur donner à manger, nous ne résistons pas à l’envie de leur lancer les restes du poulet rôti du pique-nique. Ça les a passablement mis en transe. Un sacré spectacle. On en a compté plus d’une dizaine à côté de la voiture qui se chamaillaient pour les miettes de poulet.

Après le festin, l’un deux se met à bailler et ouvre en grand sa gueule pleine de dents, et toute rose comme un coquillage, devant nos yeux ébahis. Sur le chemin du retour, un énorme spécimen gonflé comme un ballon, les quatre pattes en l’air à payé de sa vie une dangereuse tentative de traversée de chaussée, ils sont plus rapides dans l’eau que sur la terre ferme.

Cette journée fût riche en émotions, et tous les cinq avons été fascinés par ces animaux venus tout droit de la préhistoire.
On se devait de toucher un autre point extrême. Key West, le point le plus austral des USA. C’est fait !

La route des Keys est un peu décevante, à mon goût. 
De Key Largo à Key West, c'est une succession d'îles et de ponts ou les rares plages sont annexées par les hôtels et les résidences privées. 
Les accès libres sont peu nombreux et souvent sales. Et tout le reste du littoral est mangé par la mangrove.
La seule chose qui a retenu mon attention pendant les 90 milles (145 kms) de ligne droite, ce sont les vestiges de l'ancienne route des Keys.

Celle qu’Hemingway a surement empruntée des dizaines de fois, à l'époque où Key West n'était qu'un petit port de pêche et pas encore cette usine à touristes fortunés.
Bon ça ne m'a pas plu ! 
Et pourtant il y a de vieilles villas magnifiques, de jolies églises toutes blanches, des bougainvilliers en fleurs, des bars et des coqs en liberté dans toute la ville.
De retour à Miami, nous avons bien profité des plages...justes avant les orages tonitruants de fin de journée.

Balade en vélo sur Sunset Bld à Miami Beach, réputé pour ses hôtels Art Déco aux couleurs pastel. Quelques vieilles américaines, Cadillac ou Pontiac, jouent les stars, à l’instar de certaines bimbos, pas toutes de première jeunesse, mais toutes super carénées.

Les vacances se terminent. Trois semaines, c’est long et c’est court !
Gérer les humeurs de chacun, en vivant 24h/24 tous ensemble, ce n’est pas toujours simple.
Luis, le baby-sitter de la moto nous attend.  Nous passons chez lui pour la récupérer avant de filer à l’aéroport rendre la voiture de location et mettre les enfants dans l’avion pour un vol de nuit.   
Ils rentrent en France leurs bagages chargés de tous les trucs devenus inutiles qui encombraient nos sacoches et des souvenirs plein la tête.
L’avion décolle dans le ciel embrasé d’un magnifique coucher de soleil. La parenthèse familiale se referme avec des sentiments partagés entre tristesse et excitation. Nous ne les reverrons que dans huit mois mais l’aventure redémarre.

Les tongs et les maillots de bain sont rangés au fond des sacs, on ressort les bottes et les blousons... Demain, nous reprenons la route.


LE SUD ON A LAISSÉ LE BON TEMPS ROULER

Après avoir refait nos sacs, direction le Texas avant le fameux passage au Mexique, celui que tout le monde à l'air de redouter !
En longeant la côte ouest de la Floride, le paysage est différent. J'adore les maisons de front de mer, construites sur pilotis, selon les normes anti-hurricane, et j'aurais bien aimé contempler l'océan de l'une de leurs terrasses.

Le camping de Mexico Beach, et ses mosquitos nous accueillent pour la nuit. 
Il fait près de 37° et toujours un taux d'humidité d'environ 80%, et la nuit le thermomètre ne baisse pas. En France on appelle ça la canicule si ça dure plus de trois jours, ici, un climat subtropical.
Dans la tente où la chaleur se concentre, malgré nos efforts pour créer un courant d'air, nous sommes étalés sur nos « sacs à viande » comme des papillons épinglés sur une planche ! 
Arrivés tard, repartis tôt avant le passage du régisseur, on économise le prix du camping.
On est déjà en nage d’avoir plié la tente et chargé la moto, pourtant il n’est que 6h, on pensait profiter de la fraîcheur matinale, mais déjà le soleil se lève derrière les pins.

J’aime bien partir à l’aube, tout est si tranquille. Sur la plage, dans l’air rosé du matin tiède, un pêcheur vérifie ses lignes sous l’œil attentif d’un héron qui patiente sur le sable blanc et fin comme de la farine.

Vers 11h, on pique une tête pour se détendre et se rafraichir, mais l’eau est tellement chaude qu’on a l’impression d’être dans une grande baignoire. Je suis contente qu’il y ait une douche pour se rincer car le sable est tellement fin qu’il me colle à la peau, et ensuite ça gratte dans le pantalon. En cachette de Laurent qui râle qu’on n’a pas de place,  je remplis un petit sac congélation pour ma collection de sable du monde. Les garçons ne peuvent pas comprendre !

Ce sont nos derniers kilomètres en Floride. La côte est une succession de petites cités balnéaires, quasi désertes en cette période de l'année.
Tout est fait pour attirer les touristes et rappeler que le divertissement est presque un art de vivre ici. Les maisons construites à l'envers, un bateau qui traverse la route, une guitare électrique rouge,  haute comme un immeuble à l’entrée d’un casino, ne sont pas des hallucinations mais juste des délires à la hauteur de la démesure américaine.

Des enfants, cartables sur le dos empruntent sagement le chemin de l’école, nous sommes le lundi 22 Août,  c'est la rentrée des classes.
Nous traversons la petite ville de Seaside qui a servi de décor au film « The Trueman Show », elle est à croquer avec ses ravissantes maisons en bois, noyées dans la végétation tropicale.

Nous faisons une brève incursion en Alabama, en longeant les 50 miles de côtes avant le Mississipi.

« Sweat home Alabama » nous sommes hébergés pour la nuit par Dustin, un couchsurfer et globe-trotter photographe, super cool. Il nous raconte ses voyages aux quatre coins du monde et qu’il est venu s’installer ici car il y a des maisons à vendre pour une bouchée de pain. Depuis le passage de l’ouragan Katrina, les gens ont déserté l’Alabama et l’état participe financièrement à l’installation de migrants.

Pour la visite culturelle nous n’avons pas le choix, ce sera un navire de guerre, c’est très impressionnant. Seuls à bords de l'USS ALABAMA, glorieux cuirassé, engagé dans le débarquement en France et pendant la guerre du Pacifique, on a failli se perdre dans le dédale de coursives et Laurent s'est amusé comme un gamin assis aux commandes de tirs anti-aériens.

De la cale aux plus hautes tourelles de tirs, en passant par les cuisines, les dortoirs, la salle de cinéma, et diverses cabines d'officiers, tout y est d'époque, les uniformes, les gamelles, et même les photos des petites amies épinglées sur les murs.

2500 hommes ont vécu sur ce navire de 1942 à 1964. Le musée, compte plusieurs avions de guerre et un sous-marin, le Drum, que nous avons pu visiter en nous contorsionnant.

Comme d’habitude, on s’arrête au Visitor Center du  Mississipi. Les cartes routières y sont gratuites et nous glanons quelques renseignements utiles sur ce nouvel état traversé.
Immédiatement nous sommes frappés par les traces visibles du passage de l'ouragan Katrina en 2005.
On a beaucoup parlé, à l'époque des dégâts à La Nouvelle Orléans. Car c'est une ville super connue, mais les côtes du Mississipi ont été très durement touchées aussi, par la violence combinée, de la montée des eaux et des vents à plus de 200km/h. 
Tout le front de mer sur plusieurs centaines de kilomètres a été complètement rasé, les magnifiques villas, et les petites maisons, les commerces, les supermarchés, les bâtiments officiels tout y est passé.
Le traumatisme a été tel, que peu de maisons ont été reconstruites et tout le long de la côte, c'est une succession de panneaux « For Sale » plantés sur des terrains nus. 
Quelques marches ne menant nulle part, des dalles de béton envahies d’herbes folles, quelques murets, des emplacements de parking, mangés par le sable qui avance, seuls vestiges de la vie passée.

En visitant un sympathique musée de voitures anciennes à Gulfport, nous discutons avec John le propriétaire qui les restaure lui-même. Un temps motard voyageur, il sait le prix des petits plaisirs sur la route, et vu qu’il fait une chaleur torride, il nous propose de passer l'après midi au bord de sa piscine. Non non, je ne plaisante pas !!! Je suis toujours scotchée par la gentillesse spontanée des américains car je n’imagine pas une seconde un français proposer à des étrangers, rencontrés dix minutes plus tôt, de barboter dans sa piscine tout l’après-midi. Au début, nous déclinons poliment, mais il insiste tellement qu’on fini par accepter. Il nous accompagne chez lui, nous met à disposition les matelas gonflables, des serviettes de bain et des boissons fraîches et nous laisse seuls pour en profiter. John nous a expliqué que sa maison a été soufflée par l'ouragan, seule la piscine a résisté... Nous feuilletons le livre qui retrace ce terrible épisode et montre les photos avant et après de centaines de villas emportées par Katrina.
John a été l’un des rares propriétaires qui a tout reconstruit à l'identique, au même endroit. 
Un grand merci John pour ton hospitalité incroyable.

Nous reprenons la route direction New Orleans, tout rafraîchis et détendus.

A peine arrivés en ville, un orage éclate et nous trempe en moins de trois minutes.
Il fait une chaleur torride et l'humidité est telle qu'on se croirait dans un hammam, la vapeur d’eau en moins.
Ed, motard d’Horizon Unlimited, nous prête une maison qu'il restaure à quelques stations de trolley du French Quarter.  C’est une jolie maison de bois peinte en vert pastel. Le rez-de-chaussée est loué, nous nous installons au premier étage en travaux. Effectivement toutes les pièces sont encombrées de matériaux divers et d’une couche de poussière blanche, résultat de vigoureux ponçage. La climatisation n'est pas branchée, mais la bonne nouvelle, c’est qu'il a y a l'eau courante, un WC qui fonctionne, un lavabo, un frigo, et…un balai. 
La chaleur est tellement suffocante dans la maison, que nous décidons de dormir sur la terrasse. Je pousse les planches et balaye la sciure avant d’y poser un vieux matelas gonflable poussiéreux. Ce soir dodo à la belle étoile. Comble du luxe, Laurent découvre un vieux tuyau d’arrosage trainant sur la terrasse et nous nous en servons pour nous doucher dans un grand éclat de rire.
Le lendemain, la moto reste sagement garée dans le jardin, tandis que nous allons en trolley jusqu'au Quartier Français. Je suis excitée comme une puce à l’idée de découvrir la Nouvelle Orléans.

On flâne dans les rues principales dont les noms résonnent du son des orchestres de jazz, Bourbon Street, Orléans Street, Dauphine et Chartres Streets. On croise quelques saxophonistes égarés et des musiciens de rues qui jouent pour le plaisir, et la piécette. Mais il est trop tôt dans la journée pour vivre les heures les plus chaudes de la vie nocturne. Les calèches sillonnent les rues à la recherche des touristes et le pas des chevaux claquent sur le bitume. Les avenues sont désertes, les devantures des magasins un peu décrépies, les bars ont baissé leurs stores et les camions de livraisons sont les seuls à s’agiter.

On a tout le loisir de s'extasier sur les magnifiques façades, et les fameux balconies, des maisons typiques de Louisiane. Nous sommes bien loin de Mardi Gras mais il en reste des traces, comme ces colliers de pacotille multicolores lancés du haut des chars par les carnavaliers aux filles qui montrent leurs seins et que l’on trouve encore, ici et là enroulés autour des lampadaires ou accrochés dans les câbles électriques.

Laurent veut absolument aller faire un tour dans le cimetière St Louis à « nos risques et périls » comme l'annonce la plaque de marbre noire boulonnée sur le mur de l'entrée principale. Il faut dire que c'est dans ce cimetière qu'est enterrée Marie Lavaux, célèbre prêtresse Vaudou...On dit que des messes noires s'y déroulent encore, de drôle de gens émergent soudainement d'entre les tombes...même si on n'y croit pas trop, ça fout les miquettes, quand même !

Tout le monde se souvient de la célèbre scène de défonce dans le film culte « Easy Rider », c’est ici qu’elle fût tournée, et on a retrouvé la statue blanche qu’Henri Fonda étreint dans sont délire. Il y a aussi une sorte de pyramide en marbre blanc, qui sera la dernière demeure de Nicolas Cage, qui possède d’ailleurs plusieurs maisons en ville. Je ne suis pas très rassurée. L’endroit est blanc, sinistre, silencieux, bizarrement il y fait plus froid, j’ai hâte de retrouver les couleurs de la ville. Pourtant, la Jackson Brewery, temple de la bière, est fermée. Le bateau à aube attend le client pour une croisière-dîner moyennant $90. La terrasse du Café du Monde, est désertique. Laurent se rappelle qu'au siècle dernier... en 1993, avec son copain Philippe, ils jouaient des coudes pour se frayer un chemin dans la foule, aujourd’hui, il règne une ambiance un peu triste. Personne dans les bars, personne dans les restaurants, personne nulle-part. Nous on ne se plaint pas, on n'aime pas trop la cohue, mais ce n’est pas terrible pour le commerce.
Moi qui rêvais de voir cette ville, je suis ravie, , mais on sent que la Nouvelle Orléans a mis du temps à se relever après le passage de Katrina et la dure crise actuelle la frappe de plein fouet. New Orleans n’a plus le moral !
Allez on charge la moto et c'est reparti, direction Lafayette et le pays Cajun.
Le Sud, les grandes plantations de coton, la guerre de Sécession, aujourd'hui il ne reste que quelques belles maisons qui se visitent comme la plus célèbre, « Oak Alley ». Une majestueuse villa que l’on aperçoit au bout d’une allée interminable bordée de chênes plus que centenaires.

Mais les rives du Mississipi ont bien changé, et c'est à présent un vaste bassin industrialisé.

Après avoir franchi le fleuve, nous rejoignons Thibodeau et le Bayou d'Atchafalaya.
On se régale d’un Mc Do, heureux de profiter de la climatisation en discutant avec un couple de cajuns. Ils ont un accent à couper au couteau. Je reste la bouche ouverte mon burger à la main, en regardant Laurent, qui comme moi, ne saisi pas un mot de ce qu’ils disent…et pourtant ils parlent « français ». Du coup il est plus facile d’utiliser l’anglais pour se comprendre.

Entre Lafayette et Houston, nous prenons une route classée en « Scénic Byway », qui traverse le Bayou, mais à moins de monter sur les fameux airboats, nous ne verrons pas ce que cette région à de plus sauvage. En effets, sur des kilomètres, les berges sont encombrées de détritus, de vieux pneus éclatés et de milliers de cannettes de bière jetées des voitures. Malgré les panneaux qui les annoncent, nous ne verrons pas d'alligators. Sur cette côte aussi les traces de Katrina sont bien visibles, et malgré tout, les gens reconstruisent de jolies maisons sur pilotis, aux couleurs acidulées peut être pour conjurer le sort ? Mais beaucoup sont à vendre.

Les gens de ce pays ont un sacré moral !
Et depuis quelques jours, sur toutes les chaines de TV on annonce l'arrivée d'Irène, un ouragan qui doit balayer la Caroline du Nord, la Virginie et New York.

TEXAS LA DERNIERE FRONTIERE

Texas, dernier état des USA que nous traversons avant le Mexique.

La transition avec la Louisiane se fait progressivement. Sur quelques kilomètres encore, nous longeons la mer, et toujours ces maisons perchées de plus en plus haut sur leurs échasses de bois.
Peu à peu la température monte, et le taux d'humidité chute.
En approchant de Houston, la circulation devient plus dense, les gigantesques raffineries de pétrole se succèdent.

Claire et Brandon que Laurent a contacté via le site internet Horizon Unlimited nous reçoivent dans leur magnifique maison en périphérie de Houston. Ils vivent dans une résidence hautement sécurisée avec une imposante grille motorisée qui en barre l’accès. D’ailleurs toutes les villas sont de nature à faire pâlir de jalousie la Maison Blanche ! Travailler dans le pétrole, ça doit rapporter très gros.
Claire me montre la villa voisine ou vivait Beyoncé qui, elle, a choisit de chanter, Ça doit rapporte encore plus gros, car depuis ses succès, elle a déménagé !

Brandon met son garage et ses outils à disposition de Laurent qui en profite pour faire la vidange de la GS et changer le filtre à huile. En dehors de l'entretien périodique, rien à signaler, pas la plus petite panne, rien à mettre sous la dent acérée d'un KTMiste !!!

Claire et moi en profitons pour nous éclipser, Charley le chien de la maison, nous accompagne au haras. Je ne suis pas mécontente de monter dans une voiture climatisée après tous ces kilomètres dans une véritable fournaise.

Passionnée d'équitation, Claire en a fait son métier, elle est juge international de concours hippiques et de dressage. Bien sûr elle possède un cheval, Walton, qui m’a accueillie sur son dos le temps d’un tour de ring. Je visite les écuries, climatisées en jouant avec le jack Russell du haras qui me suit partout. J’ai l’impression d’être avec Pamela Ewing et de tourner un épisode de Dallas. Nous sommes en fait chez des amis de Claire qui possèdent un haras dans une zone résidentielle où n’habitent que des gens qui ont des chevaux. Laurent et Brandon nous rejoignent en moto aux écuries, ils sont carbonisés ! Nous rentrons pour déjeuner. La température grimpe d'un cran et atteint 43° (110°F). Le seul endroit vivable est la piscine. Nous passons l’après-midi à barboter, et même le chien a le droit de se baigner. En contrebas du jardin clôturé, Il y a un canal avec des pontons. Brandon y a son bateau à moteur, et il m’explique qu’à certaines heures de la journée on peut apercevoir des alligators. Il y même des voisins qui en ont trouvé un dans leur jardin. C’est mieux qu’un chien de garde !

En boucle sur toutes les chaines d'infos, l'ouragan Irène fait la une, et mène la vie dure aux habitants du Vermont et de la Pennsylvanie. L'évacuation de New York est même en cours. 
Nous suivons heure par heure la progression de cette masse, de la taille de l'Europe qui se déplace en semant le chaos. 
La famille de Claire habite cette zone. Heureusement ils sont en sécurité. Luxueuse étape, mais rencontre chaleureuse et décontractée, encore une fois nous sommes éblouis par la grande hospitalité des américains, c'est vraiment quelque chose qui nous a beaucoup touché.
Nous quittons Houston vers 9h30. Il fait déjà 33° ! Brandon nous accompagne en moto jusqu'à Colombus, pour sa balade du dimanche. 
Nous roulons dans une fournaise, le thermomètre monte à 44°...avec une pointe à 47°. Même en Arizona, en plein mois d'août, nous n'avions pas eu si chaud !
Á 100 km/h, l'air nous brûle le visage, impossible d'ouvrir la visière. 
Heureusement, j’avais préparé une bouteille d'eau que j’avais mise au congélateur et entourée de papier d'aluminium, pour qu’elle se tienne longtemps fraiche. Il faut boire souvent sous peine de se déshydrater rapidement, particulièrement en moto.
En fait, le Texas vit un épisode caniculaire inédit jusqu'à présent, pas une goutte d'eau depuis des semaines... Dire qu'en Pennsylvanie, les inondations ont noyé les maisons !
Entre Houston et San Antonio, pas grand chose à voir, alors je prends en photo les quelques maisons, et commerces au bord de l'apoplexie, dans des bourgades désertes.
C’est dans un petit restau cantine qui ne payait pas de mine dans l’une de ces villes que j’ai mangé les meilleurs ribs de toute ma vie !!! Inoubliables, succulents, une viande fondante…Bon Ok je me calme.

Nous arrivons à San Antonio, et retrouvons Grégory, motard en Goldwing, avocat, et pince sans rire !
De façon extrêmement généreuse, il nous offre les deux nuits d’hôtel. Le patron est l’un de ses clients et il lui doit un petit service…
Nous passons la soirée ensemble à discuter de voyage et de la vie.
Apéro dans un bar très animé où se déroule une compétition d'un jeu qui nous était inconnu et qui gagne à le rester. Le Beer Pong !

Deux équipes, une table longue et rectangulaire, des godets en plastique remplis d’un fond de bière, disposés en triangle à chaque extrémité de la table, et des balles de ping-pong. 
Chacun des joueurs jette sa balle en visant les godets de l’équipe adverse... Il y a surement des subtilités dans les règles du jeu qui m'ont échappées, mais le but, et ça j’ai bien compris, c'est de boire le plus de bière possible. C'est drôle…Et très bruyant !

Nous invitons Grégory à dîner dans un restaurant cajun de fruits de mer, succulent.

Lever tôt, pour découvrir la ville « à la fraiche », il fait déjà un petit 37° à 8h du matin. Laurent se régale dans le dédale des interstates, et toujours sans GPS, nous conduit directement en centre ville.

Notre première visite est pour Alamo. Fort Alamo, n’est pas qu’un western ! A l’époque héroïque, il était au milieu de nulle part, aujourd'hui il est en plein cœur de la ville, et il ne reste que quelques vestiges de ce qu'il fut.
Je passe sur les évènements compliqués des guerres d'Indépendance du Mexique, de la révolution texane, pour arriver directement aux treize jours de siège du fort, par le général mexicain Santa Ana qui à fini par massacrer les 180 et quelques texans et tejanos (indiens) un jour de mars 1836. Tous étaient prêts à sacrifier leur vie plutôt que de se rendre, dont le fameux Davy Crockett, célèbre trappeur, alias John Wayne dans le film « Fort Alamo ». On voulait d’ailleurs visiter le site qui a servi de décor au film, à quelques kilomètres dans la campagne de Brackettville, mais aujourd’hui c'est fermé et à l'abandon.
Cet épisode sanglant entraina pour le Mexique, la perte du Texas quelques semaines plus tard et son indépendance fut proclamée en 1837.
Un incontournable à San Antonio, la promenade à l'ombre sur le Riverwalk, bordé de magasins, de restaurants et de bars aux terrasses ombragées. On sent que la frontière mexicaine est proche et leur culture ayant été commune très longtemps, les hommes, texans ou mexicains portent tous le chapeau, accessoire indispensable. Mais le texan est aussi très chatouilleux et annonce la couleur ! Les magasins de souvenirs vendent d’ailleurs de drôles de  tee-shirts, imprimés d’un révolver posé sur la carte de l’Etat : «  We don’t dial 911 »  ou bien « Don’t mess with Texas ». (Nous n’appelons pas le 911, n° d’urgence. ne plaisantez pas avec le Texas !) Le message est très clair !
Alentours il faut absolument visiter les anciennes missions des moines franciscains datant des années 1730 : San Jose, San Juan, Espada... pour se plonger dans le passé tourmenté de la période d’évangélisation des indiens. On rase les murs pour éviter les rayons brûlants du soleil.

Mais après trois missions on craque, il fait trop chaud, 47° nous rentrons à l'hôtel pour sauter dans la piscine en bénissant Greg. Nous avons rendez-vous chez lui car il nous invite à diner. Après avoir un peu galéré dans le dédale des quartiers résidentiels de San Antonio, nous arrivons enfin. Il sort et nous discutons devant la maison. Son voisin vient nous saluer et nous félicite pour le voyage. La fillette de Greg nous rejoint, sa belle-mère arrive en voiture et entre dans la maison. Le temps passe, nous parlons toujours debout dans l’allée sans que Greg ne nous invite à entrer. Je commence à trouver ça bizarre. Au bout d’une heure et demie il nous demande si nous voulons rentrer à l’hôtel ou bien aller manger un morceau quelque part…Ben moi je veux bien manger, avant d’aller me coucher ! Je n’y comprends rien. Finalement, Greg disparait chez lui durant plusieurs minutes et revient accompagné de sa fille. Nous montons en voiture et ils nous emmènent dans la zone commerciale toute proche manger une pizza. On n’a pas tout compris. Il a juste dit à demi-mot que sa femme n’aimait pas les voyages et qu’elle était assez timide… Malgré tout nous avons passé une soirée très sympa avec un papa et sa fille très complices. Merci Greg, on espère juste que notre présence n’a pas trop semé la zizanie dans ton ménage.
A Del Rio, je réussis à convaincre Laurent de …changer de chaussures. Il abandonne à contre cœur ses « Smith » adorées datant de notre voyage aux USA en 2007 mais qui aujourd’hui portent gravement atteinte à mes récepteurs olfactifs !

Sur la route on s’arrête visiter Langtry. Pour les fans de Lucky Luke, c'est la ville du Juge Roy Bean, qui rendait la justice à sa façon, à l'Ouest du Pecos.

La région est un peu figée. La chaleur est écrasante, les plaines sans reliefs complètement carbonisées, et des vautours à tête rouge ripaillent sur le cadavre d’un chevreuil gisant sur le bas côté de la route.

Les  rivières sont à sec. Des maisons en adobe et des vieux tacots rouillés se dissolvent lentement dans le paysage. Une enseigne grince, dans la brise légère, des vaches cherchent un peu de fraicheur sous les branches basses d’arbres faméliques. En 2011, il ne se passe pas grand chose à l'Ouest du Pécos.

Afin de profiter au maximum du Big Bend national Park, nous passons la nuit à Alpine, petite ville bien calme toute proche.

De jolies fresques peintes couvrent plusieurs murs borgnes. Après avoir arpenté dans les deux sens la rue principale poussiéreuse, nous faisons trois courses à la superette pour diner tranquillement dans la chambre.
On part aux aurores afin de profiter d'une jolie lumière.

Nous voilà seuls au lever du jour au cœur des montagnes et canyons du parc national de Big Bend qui s’étend sur environ 3200 km².

Je descends de la moto pour prendre des photos et m'aventurer au milieu des cactus, en laissant Laurent dévorer le guide du Parc. 
Quatre sortes de serpents à sonnettes et des tarentules habitent ici…Okay okay, je ferai mieux de lire le guide avant de m’éloigner de la route !
Les cactus fleurissent au printemps, et pour certaines variétés, c'est fleurir et mourir.

Une seule tige de plusieurs mètres de haut porte les fleurs, épuise la plante qui dépérit et meure après avoir produit un rejet, ainsi le cycle continue.
L'été mène la vie dure au monde végétal, tout est sec et parfois, même les cactus les plus costauds perdent la partie et meurent.

Certains sont en fleurs, qui s’ouvrent en corolle violette au bout d’un bras hérissé de piquants.
Ce paysage minéral, désertique, sauvage et quelque peu hostile nous enchante. La palette des ocres est infinie.
La route serpente pour nous offrir à chaque courbe un panorama époustouflant.

Il n'y a personne, on a du croiser deux voitures en une journée.
Le Rio Grande marque la frontière naturelle avec le Mexique. À cette époque il y a peu de débit et la sécheresse craquelle les berges boueuses. On sait que cette frontière est très surveillées car beaucoup de mexicains tentent de passer clandestinement au Texas.

On passe un moment à écouter le silence, à peine troublé par une légère brise qui chuchote dans les roches.

En quittant ce parc magnifique et peu visité, car au bout de nulle part, on s'arrête à Lajitas. C’est un complexe hôtelier luxueux, prêt à recevoir une clientèle haut de gamme, vu les équipements, golf, spa, piscine, salle de sport, magasin... mais qui souffre d'un cruel manque… de clientèle. C'est en plein désert tout de même ! 
On s'est promené partout en toute liberté, on a même rempli notre bouteille d'eau à la fontaine du club de musculation sans croiser âme qui vive.
Autre curiosité, Contrabando, faux village mexicain, construit en 1985 pour les besoins de films et séries américains (« les rues de Ladero »…)

Juste en face, de l’autre côté du Rio Grande, c'est le Mexique, on approche de notre dernière nuit aux Etats Unis.

Laurent a choisit d’entrer au Mexique par un petit poste frontière, plus tranquille et réputé moins dangereux que Tijuana ou Ciudad Ruajes. Presidio est une petite ville, entre Del Rio et El Paso, qui compte 90% de mexicains.
Erick, mexicain lui même, nous offre l'hospitalité, et ses deux jeunes chiennes Pitt bull sont elles aussi très accueillantes.

Il travaille pour le consulat mexicain. Quelle chance! On a plein de questions à lui poser et on va réviser un peu notre espagnol...enfin surtout celui de Laurent. Je suis une grosse fainéante, et j'ai négligé mes leçons ! J'avais pourtant investi dans une méthode audio-visuelle complète avant de partir.
Erick et sa fiancée, Diane, nous emmène de l'autre côté de la frontière, pour boire une bière dans un bar qu'ils connaissent bien. 
Le patron est ravi de nous sortir tous ces CD de chansons françaises ! Aznavour, Edith Piaf, hyper connus aux US et donc au Mexique également ! Et nous chantons à tue tête en trinquant joyeusement.
Pfft, pour une fois je n'avais même pas pris l'appareil photo.
Tout au long de notre traversée du continent nord américain, bon nombre de gens nous avaient mis en garde vis-à-vis du Mexique. Nous on trouve que ça commence plutôt bien !
C'est notre dernière nuit aux States.

L'aventure américaine s'achève, aventure humaine, marquée par les rencontres magnifiques. Un pays ou tout est grand, ou la démesure est souvent la règle, jusque dans le cœur des gens. 
Nous n'oublierons jamais Joni et Don, Carol et Mike, Jim et Maggie, Bart, Tülin et David, Penny et David, Luis, Claire et Brandon, Gregory et Erick.